Syndicat des Directeurs, Instituteurs et Professeurs des Écoles. Section de la Gironde
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13 novembre 2013 |
Stage syndical : Un peu d’histoire : Pourquoi en est-on arrivé là ?
Publié; le 19 novembre 2013, mis à jour le 2 décembre 2013 | Snudi Fo 33

Beaucoup de collègues s’étonnent que notre profession qui est protégée par un statut de fonctionnaire d’Etat qui est plus éduquée, plus qualifiée et plus syndiquée que la moyenne des salariés français en soit arrivé à être si peu payée si mal considérée et si mal défendue. Pour le comprendre, il nous faut faire un détour historique un peu long, mais nécessaire à la compréhension de la situation présente.

De Jules Ferry à Pétain

Jules Ferry voulait un personnel nombreux et bien formé pour développer l’enseignement primaire. Les futurs instituteurs sont formés dans les Ecoles normales (loi du 9 août 1879) où ils préparent un Brevet Supérieur. La formation pratique est assurée dans les écoles primaires annexes. Les professeurs des Ecoles normales sont formés dans les Ecoles normales supérieures créées dans ce but. l’instituteur est un fonctionnaire d’Etat, logé, qui n’a de comptes à rendre qu’à sa hiérarchie. Ce point est fondamental : la volonté de la IIIème République naissante était de substituer au réseau des paroisses hostiles un maillage républicain du pays dont l’école et l’instituteur seraient les relais.

 Vichy supprime les Ecoles normales et les remplace par des Instituts de formation professionnelle, qui ne sont chargés que de la préparation au métier. En s’attaquant à la formation des maîtres on attaquait l’école primaire. A la Libération, les Ecoles normales sont rétablies.

Une commission désignée par de Gaulle prépara la réforme scolaire. Présidée successivement par deux communistes, Paul Langevin et Henri Wallon, le plan préconise la création d’un système éducatif unique jusqu’à 18 ans, enseignement privé inclus. Le plan « Langevin-Wallon » resta dans les cartons sous la IV° république.

La FEN et son Empire

Simultanément se crée la FEN (Fédération de l’Education Nationale). Elle sera reconnue par le gouvernement au moment de la scission de la CGT et de FO en 1948. Elle deviendra « l’interlocuteur privilégié », rendant ainsi plus avantageux pour les enseignants de rester affiliés à la FEN plutôt que de rejoindre l’une ou l’autre des confédérations ouvrières. La FEN s’est constituée en même temps que l’administration de l’Education nationale, les deux camps se renforçant par étapes successives. C’est cette reconnaissance par l’État qui va instituer la puissance de cette fédération aux yeux mêmes de ses mandants. La FEN ne se contentera pas de son rôle de syndicat. Elle va bâtir un empire dont la logique est de couvrir tous les besoins des adhérents : pas moins de 12 mutuelles dont la MAIF, la MNEF et la MGEN, 22 coopératives, une association de parents d’élèves la FCPE, le Groupement des campeurs universitaires le GCU, une association de donneurs de sang et une banque la CASDEN BP appartenant au groupe Banques Populaires. La MGEN, par exemple, obtient en 1947 du ministre socialiste Daniel MAYER, un statut dérogatoire dans le cadre de la création de la Sécurité sociale. Elle ne sera pas une simple mutuelle complémentaire, mais l’organisme chargé de gérer la sécurité sociale pour tous les enseignants, avec droit de précompte sur les traitements bruts. Une vraie dîme. Bref, une véritable holding socioculturelle.

RETOUR SUR INVESTISSEMENT

Aujourd’hui, cette "holding" porte le nom d’ ESPER : Économie Sociale Partenaire de l’École de la République. Elle regroupe 40 organisations de l’Économie sociale (associations, mutuelles, coopératives, syndicats) agissant dans le champ de l’École et de la communauté éducative. Ses membres mènent des activités dans les domaines de la santé, de l’ assurance, de la banque du médico-social, sans oublier les activités post et périscolaires... Et ça pèse lourd : Près de 6 milliards d’€ de budget annuel. Président : Roland Berthilier (secrétaire général de la MGEN) Vice-présidents : Pierre Desvergnes (président de la CASDEN Banque populaire), Jean-Marc Roirant (secrétaire général de la Ligue de l’enseignement), Dominique Thys (vice-président de la MAIF A titre d’exemple, la seule ligue de l’enseignement a un budget consolidé de 250M€, les PEP font mieux avec 512M€ essentiellement composé de subventions ministérielles et 746 postes d’enseignants MAD. On comprend mieux l’empressement de la Ligue de l’enseignement à voter pour le projet de décret sur les rythmes scolaires au CSE du 8 janvier....

De l’ombre à la lumière

Ayant acquis cette puissance économique et financière, la FEN va devenir le plénipotentiaire de l’état socialiste en matière d’éducation. En 1981, 15 membres du gouvernement, 160 députés (la moitié du groupe socialiste) sont des enseignants. La FEN et les mutuelles de l’Education nationale ont financé la campagne de François Mitterrand. Elle va cogérer le système en étant présente dans toutes les instances de concertation que suscite la complexité du système. La FEN, par ses représentants, intervient dans toutes les commissions paritaires qui décident de toutes les nominations des personnels. Et celui qui détient le pouvoir sur les carrières détient le pouvoir tout court. De plus la FEN fonctionnera avec une armée de cadres permanents financés par l’administration via les décharges syndicales. Ces déchargés ou MAD (Mis à disposition) seront en 1984 au nombre de 1 200. Ils ont fait mieux depuis. Financés sur fonds publics, ils seront l’encadrement politique des associations « amies ». Du directeur d’école au ministère inclus, l’osmose ETAT/FEN superposera les fonctions syndicales et administratives.

En résumé, la FEN se charge de représenter les enseignants, les parents d’élèves et les associations partenaires de l’école. Elle est présente, à peine masquée, sous la plupart des casquettes de l’administration par laquelle elle est financée. Bien plus qu’elle ne cogère l’Education nationale, elle la gère tout court.

Maréchal, nous revoilà …

La FEN assume le double rôle d’une agence de services et celui de représentation des salariés : un monstre, mais un monstre gentil. Un Obélix social-démocrate en quelque sorte, nous disent ses défenseurs. Qu’y a-t-il de mal à ça ? Quitte à choquer quelques belles âmes aveuglées par leurs bons sentiments, réaliser l’unité organique du Parti, du Syndicat et de l’Etat c’est le principe fondamental du totalitarisme. C’était un élément constitutif de la doctrine sociale du fascisme et de la « charte du travail » pétainiste. C’est la définition exacte du corporatisme. Et quand une profession est organisée en corporation, seul peut exercer cette profession celui qui appartient à la corporation, aux tarifs et aux conditions fixés par la corporation.

- Sous la Ve République, les Ecoles normales sont à nouveau supprimées en 1989 sous le gouvernement de Michel Rocard, Lionel Jospin étant ministre de l’Education nationale. La création des IUFM étend aux futurs professeurs du secondaire la formation professionnelle des enseignants. Il s’agit à terme d’égaliser le corps professoral pour arriver à la « polyvalence du maître ». Autrement dit : réduire les coûts.

- Officiellement, les animateurs des IUFM sont des enseignants-chercheurs spécialistes de la didactique, des chercheurs en sciences humaines et des spécialistes des sciences de l’éducation. Les IUFM sont chargés de former tous les professeurs d’école, de collège, de lycée. Les IUFM initient à la profession d’enseignant en se passant des savoirs spécifiques des différentes disciplines qui sont supposés déjà acquis. Ce sont les sciences de l’éducation qui seront en surplomb de l’édifice.

- Officieusement, les IUFM sont aux mains de la fraction la plus militante des anciennes écoles normales. Ils n’ont d’universitaire que le « U ». On y pratique une pédagogie fumeuse dont ses promoteurs eux-mêmes admettent qu’elle est encore à constituer pour l’essentiel et dont aucun corpus substantiel n’a jamais pu être présenté à l’opinion publique. Pour les animateurs des IUFM l’élève est un « autodidacte aidé ». Ils récusent la transmission systématique des savoirs réputés bourgeois et discriminants. N’oublions pas que la gauche est au pouvoir ! La pédagogie s’est transformée en pédagogisme

-  1992. La scission entre les deux grandes familles politiques de la FEN. En mettant dehors la minorité Unité et action (proche des communistes), les stratèges de la tendance Unité, indépendance et démocratie (proche des socialistes) pensaient détenir le Trésor de la Couronne : le Syndicat national des instituteurs (le SNI). A partir de ce bastion historique, contrôlant un puissant secteur mutualiste, ils croyaient pouvoir construire un grand syndicat unique regroupant tous les enseignants, de la maternelle au lycée. Avec en tête le postulat que tous exercent le même métier. La création en 1992 des IUFM où sont désormais formés tous les futurs « profs », confortait cette idée simple. C’est ainsi que le SNI s’est transformé, après l’explosion de la grande maison, en Syndicat des enseignants, le SE. Cette stratégie s’appuyait à l’époque sur une analyse politique : le mur de Berlin tombé fin 1989, la tendance communiste ne pouvait que s’éteindre à petit feu. Et le SNES, place forte qui a servi de base à la constitution de la FSU, avait forcément son avenir derrière lui. L’analyse des socialistes « orthodoxes » qui dirigeaient la FEN devait vite s’avérer erronée. De nombreux enseignants non communistes ont continué de se reconnaître dans la pratique syndicale du SNES. D’abord pour ses qualités de services. Le SNES excelle à défendre les enseignants et à les aider dans la gestion de leur carrière (affectations, mutations...). Ensuite, beaucoup plus que la FEN, la FSU a incarné un syndicalisme de lutte. Un militantisme contestataire. Une stratégie payante à l’heure où les enseignants se sentent agressés dans l’exercice de leur métier. Ils ont aussi été attaqués par la sphère politique, prompte à accuser l’école de tous les maux, du chômage en premier lieu. La FSU est aussi apparue plus apte à combattre le gouvernement dans sa volonté d’imposer des restrictions budgétaires. La FSU, a théorisé, avec quelques grincements internes, sa présence dans le mouvement social. Et notamment les liens à construire entre les syndicats et les associations. Les parents ? Les sans-logis ? Les sans-papiers ? Les chômeurs ? La FSU à chaque fois se fait entendre. Elle a récupéré un créneau un temps occupé par la FEN. Cependant, cette stratégie "sociétale" l’entraîne aux marges du combat syndical. Plus grave : la cogestion de fait avec le ministère lui a fait perdre de vue les intérêts matériels et moraux des enseignants. Cela n’est pas conséquences. Les dernières élections professionnelles de 2011 ont vu la FSU perdre la première place dans la fonction publique d’Etat au profit de FO. Le faible taux de participation lors de ce scrutin (40%) n’explique pas tout. La FSU est aujourd’hui divisée entre la position réformiste d’accompagnement du gouvernement et la position revendicative. Cette fracture passe non seulement entre le SNUipp et le SNES mais clive également le SNUipp et dans une moindre mesure le SNES. Ce malaise est perceptible dans les "revendications" aussi abondantes que mal définies de cette fédération sur le décret sur les rythmes scolaires et la loi de refondation. Beaucoup de syndiqués ou de sympathisants de la FSU ne comprennent plus la ligne politique.

Disons-le tout net : la prétention de la FSU à représenter l’intérêt général ou celui de l’enfant au nom d’un syndicalisme porteur d’un projet de société devient inopérante. Les enseignants n’acceptent plus que cette organisation syndicale soit devenue l’auxiliaire du pouvoir au détriment de leurs intérêts. Le refus de rejoindre en 1948 l’une ou l’autre des deux grandes confédérations ouvrières CGT et FO pèse lourd encore aujourd’hui. Les enseignants expriment le besoin d’être défendus comme des salariés dont ils se sont sentis éloignés durant les dernières décennies. Cet isolement de l’ensemble du salariat a eu comme conséquence pour les syndicats autonomes une approche corporative d’implication dans le projet de refondation de l’école. Et quand les syndicats s’éloignent des intérêts des salariés, les salariés s’éloignent d’eux. Ne l’oublions pas, l’histoire du syndicalisme enseignant, c’est d’abord l’histoire du syndicalisme des instituteurs qui au début du siècle dernier avaient rejoint la "Vieille CGT". Et ce n’est pas un hasard si la journée de grève et de manifestation contre le décret sur les rythmes scolaires est à l’initiative de la CGT et de FO. FO, selon la formule consacrée, entend défendre les intérêts matériels et moraux des salariés. Les instituteurs reprendront-ils la place qui est la leur dans les Bourses du Travail ? Je crois que nous sommes bien partis pour.

Bruno Arbogast Secrétaire départemental de la FNEC FP FO 33

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